Lifou fou fou…

Vendredi 8 juin

Arrivée à 6h du matin au Betico. Les guichets ne sont pas encore ouverts mais il y a déjà une petite foule de kanaks qui attendent devant l’entrée. Le bateau part à 7h, j’ai le temps de récupérer mon ticket et boire un café.

J’ai mon ticket et je me dirige tranquillement vers le bateau alors que résonne la voix dans mon dos : “le trajet jusqu’à Maré est annulé, les passagers sont priés d’attendre dans cette file pour se faire rembourser leur billet.” La météo n’est pas favorable pour le trajet jusqu’à cette île-ci qui est sur notre route, que j’avais prévu de faire mais que j’ai préféré mettre de côté pour une question financière. A priori pas de souci, puisque je pars pour Lifou…

Embarquement à 6h30, je m’installe tranquillement, écouteurs sur les oreilles et café en main. 7h15, toujours rien, nous sommes encore amarrés à Nouméa. On finit par apprendre qu’une partie des passagers de Maré a décidé d’envahir le bateau en signe de protestation. Ça fait la 2ème fois cette semaine que le betico annule son départ pour Maré. Souci météo ou autre ils s’en moquent, ils veulent absolument arriver aujourd’hui et obtenir un vol pour cet après-midi. Les négociations commencent et nous on poireaute…Enfin, juste Amélie et moi puisque nous sommes les deux seules touristes et que tout le monde est solidaire avec les gens de Maré. Bon on comprend quand même un peu la situation mais on est embêtées. En attendant, on sympathise! Elle a deux ans de plus que moi, vit à Nouméa depuis deux ans et est journaliste. Une fille adorable, très dynamique et intéressante. Une rencontre qui fera passer la traversée presque trop vite!

A 11h, après finalement 4h de retard le bateau quitte le port. Mais tout le monde est content, les gens de Maré ont tous leur avion aujourd’hui, les gens de Lifou ont eu leur petit café pour patienter, tout va bien! En mer comme à terre, ici on ne s’énerve pas et surtout on ne stresse pas! Ça me rappellerait presque le Burkina Faso… “Y’a pas de problème!” :)

Arrivée à 15h20. Amélie et moi nous faisons embarquer en stop après 5 minutes de marche. Nous échangeons nos coordonnées avant que notre gentille conductrice me dépose pas loin de chez Manu et Olivier. C’est étrange et amusant à la fois de penser que mon amie Lucie, en tour du monde à l’époque, était chez eux il n’y a pas si longtemps. Le monde est petit, mais couchsurfing le rétrécit davantage…pour notre plus grand bonheur!

J’aime beaucoup arriver dans une maison vide de gens et faire un peu ma curieuse… Petit tour de bibliothèque et des dvds. J’ai déjà le sourire aux lèvres en constatant quelques points communs intéressants. Tout le monde arrive sur les coups de 16h et on part en direction de la plage. Tout le monde étant les deux enfants d’Olivier, que je rencontrerais un peu plus tard, et Manu. On discute du planning de ces prochains jours et de ce que j’ai envie de faire. Je n’ai pas très envie d’explorer en long et en large et en travers Lifou, mais plutôt de me laisser surprendre et d’aller à la rencontre des gens. J’ai seulement une exigence : la grotte de Quajo. Ce qui était un simple intérêt est presque devenue une addiction… Je les cherche, je me documente, je les compte. J’en ai fait 4 en Nouvelle Calédonie. Je n’ai pas pu toutes les faire ici mais j’espère en voir encore dans d’autres pays… Pour le moment Manu m’écoute, comprend “l’urgence” et attrape son téléphone pour tenter de joindre Justine, la guide de la grotte, pour savoir si elle a des visites prévues dans le week-end. Merveilleux ça marche, rendez-vous demain matin pour une visite à 9h! Je suis tout sourire. Le week-end s’annonce bien. Presque une heure de passée sur la plage, la nuit tombe et on a rendez vous pour une soirée crêpes chez des amis de Manu et Olivier. Une première jolie journée sur Lifou.

Samedi 9 juin

Je suis partie pour l’excursion avec Soané, le fils d’Olivier qui a 10 ans. Arrivée comme prévu à 9h, on retrouve Justine devant chez elle. Pimpante, dynamique et souriante, une guide parfaite! Il y a également Denis, un breton qui vit sur Lifou pour quelques mois.

Nous avons 40 minutes de marche facile en forêt avant d’arriver à l’entrée de la grotte. A quelques minutes de la grotte il y a une sorte “d’entrée” entre deux arbres avec des pierres et feuilles de chaque côté. On s’arrête ici pour faire la coutume. Justine nous explique qu’il faut demander la protection à l’esprit de la grotte, par une petite parole à voix basse ou une pensée dans laquelle nous nous présenterons après avoir posé deux pierres ou deux végétaux identiques, un de chaque côté de l’entrée. Nous avons bien sûr tous les trois respecté la coutume. J’ai trouvé le geste très cérémonieux, et j’ai beaucoup aimé la façon dont Justine nous a expliqué tout ça. Puis nous arrivons à l’entrée de la grotte.

En bref…

J’ai tellement aimé :

C’était la seconde fois que j’allais nager dans une grotte, la première étant dans les cenottes au Mexique. L’eau était noire, la grotte très sombre. Ici c’était très différent…J’ai très clairement préféré cette exploration-ci à Lifou.

Se retrouver dans ce “royaume de cire” était extraordinaire. C’était amusant de jouer à “que vois-tu dans les nuages?” … mais avec des roches! Symboles, personnages, animaux… Tout le monde y est allé à grand renfort d’imagination et l’ambiance était super!

J’ai adoré ce sentiment d’arriver en plein milieu d’une cérémonie dans laquelle tout se serait brusquement figé. Des champs de stalagmites ressemblant à de petits personnages…

Nager dans la grotte et se retrouver sous les stalactites. Expérience à vivre au moins une fois et que je recommanderais vivement à beaucoup de gens!

Cette envie de méditer…Chose que je ne connais absolument pas, mais l’atmosphère des grottes me donnent ce sentiment de sérénité qui fait que je pourrais rester des heures assises à me recueillir et à contempler.

J’arrête le récit ici, pour une fois les photos sont plutôt réussies et je vais les laisser parler d’elles-mêmes :

Le fil du souvenir

Le fil laissé par Nicolas Hulot lors de sa venue ici. Son reportage réalisé ici a beaucoup touché les gens de Lifou. Il est arrivé à accéder à des recoins de la grotte jamais atteint avant lui, notamment par l’exploration d’un trou d’eau situé dans l’une des dernières salles de la grotte. Mes photos de l’endroit ne rendent absolument rien malheureusement…

L’au-revoir de Camille

(la photo est prise depuis la surface, je n’avais pas mon masque donc impossible de voir quoi que ce soit. L’image est plutôt nette mais ne rend pas vraiment bien la taille très impressionnante de la bestiole!)

Voilà Camille l’anguille (oui je rends hommage aux Fatals Picards et à “la ferme”, et il fallait bien donner un nom à la demoiselle). Justine nous a dit qu’on la retrouve très souvent à la sortie, juste après la visite de la grotte. Elle nous a dit aussi que certaines personnes, dont elle, pensent qu’elle vient à ce moment là pour dire au-revoir aux visiteurs de passage. Jolie pensée… Merci Camille. Et Justine. Ce fut incroyablement beau…

Balade sur la plage l’après-midi. Emmanuelle me propose ensuite de voir une petite crique pas très loin, mais j’ai une très grosse envie de kava et de voir un des nakamal de Lifou. L’idée lui plait bien et nous partons pour un des nakamal les plus proches. L’ambiance est au départ quelque peu intimidante. Aucun métro, juste des Mélanésiens…et surtout, que des hommes! On fait le tour pour serrer la main de tous les hommes d’un premier groupe, avant d’aller s’asseoir sous un faré autour d’un feu avec quelques autres personnes. Tout le monde semble perdu dans ses pensées et je me sens au départ un peu mal à l’aise. Puis 5minutes plus tard les langues se délient, on nous invite à lever des sels (déformation du mot “shell”, soit coquillage en anglais, dans lequel on buvait avant le kava). Un peu de musique et des sourires… Soirée mémorable une fois de plus.

Dimanche 10 juin

Nous avons rendez-vous chez Jeanne Forest à midi et demi. Une valeur sure ici! Une valeur sure pour quoi? Mais pour le bougna bien évidemment! Alors qu’est ce que le bougna :

C’est un plat traditionnel des Mélanésiens de Nouvelle Calédonie. Les ingrédients (tarot, patate douce, ignames…) sont enveloppés dans des feuilles de bananier et cuits à l’étouffée (bougna traditionnel qui se mange plutôt en tribu), ou parfois dans une cocotte (gite ou restaurant). On trouve du bougna au poulet, poisson et parfois roussette (chauve souris). Il est plutôt difficile pour un touriste d’avoir la chance de gouter un bougna traditionnel. C’est un plat qui demande du temps et une certaine préparation, et se mange plutôt pour des fêtes ou mariage. J’ai eu la possibilité à plusieurs occasions d’en manger dans un restaurant mais je préférais attendre la possibilité d’en manger avec d’autres personnes, de la façon la plus authentique possible. Bon ce n’était pas une fête et ça a bien sûr était préparé en cocotte, mais Jeanne l’a rendu vraiment authentique. De par son gout merveilleux, ses sourires et son service très agréable. Un bougna poulet fondant à souhait…une merveille! Puis le repas se termine par un corossol, gros fruit dont le gout, à l’inverse de la texture, m’a bien plu.

L’occasion de passer en chemin chez Ludo, un ami d’Emmanuelle qui fait du miel. Petite visite des ruches, explication et dégustation des produits. Très sympa. L’occasion de gouter du jus de miel. Une grande première! Si la vie vous mène un jour jusqu’à Lifou alors arrêtez vous chez Ludo, vous serez conquis!

Puis promenade sur la plage de Luengoni, magnifique malgré le temps un peu couvert et le froid. Oui ici c’est déjà l’hiver!

Soirée tranquille à la maison…

Lundi 11 juin

On ne change pas une équipe qui gagne. Betico annulé pour cause de météo, c’est reparti pour une nouvelle course…mais pas contre la montre, cette fois-ci on prend ça plus relaxe. Il nous faut acheter un billet d’avion de nouveau, je retrouve Amélie le matin à l’agence d’Air Calédonie de Lifou qui heureusement est très près de là où je suis hébergée. Au-revoir à toute la famille qui a été vraiment adorable avec moi, Olivier me dépose en voiture devant l’agence et je rentre pour acheter mon billet. Départ deux heures plus tard, à 10h30 du matin. On tente le stop sous la pluie mais à priori personne n’a pitié de nous ce matin là. Ou alors tout le monde est trop pressé. Amélie finit par appeler un contact à elle qui vient nous chercher et nous emmène à l’aéroport. Et nouveau coup de fil à l’arrivée pour en sortir. Ouf, c’est bien utile les journalistes quand même! :)

Petit bilan de Lifou :

Je n’étais pas partie dans un but strictement touristique, avec l’idée d’en voir le maximum. (avec le bateau et les nombreuses annulations c’est assez difficile par ailleurs!) Je voulais découvrir une des îles Loyauté, et laisser simplement la magie opérer. C’est réussi…

“Et maintenant… que vais-je faire de tout ce temps… Que sera ma vie?”

A l’heure où j’écris je n’en sais rien. Je n’ai toujours pas mon visa pour la Nouvelle Zélande et l’inquiétude s’est transformé en colère. Colère devant le peu de compréhension des gens de l’ambassade. Oui je comprends que je ne suis pas la seule, bien évidemment la question n’est pas là. Mais il s’agit d’informations personnelles et de l’incapacité des gens à comprendre le besoin…de comprendre. J’avais eu des soucis pour communiquer avec celle du Canada à Paris pour mon visa de travail l’an dernier. Et aujourd’hui bien que la communication soit plus facile, j’ai droit au même copié-collé depuis 10 jours. Mon dossier stagne entre les mains du service médical qui ne veut rien communiquer. Alors j’attends. Et je me prépare pour le Vanuatu. En faisant le maximum pour me souvenir que bien avant la colère il y a ce sentiment de bonheur. Et la chance d’être ici.

Je n’ai jamais pris les choses d’une façon aussi impromptue. Nous sommes mardi et je n’ai pas mon billet de demain pour partir au Vanuatu. Je peux partir demain ou alors prendre le dernier vol de la semaine, soit ce vendredi. Je ressens la même chose que ce que j’ai ressenti en Colombie ou en Uruguay. Une confiance très forte en les gens et le cours des choses. L’envie de laisser aller, de se laisser dériver… Sous les étoiles, sous le soleil. Sous un ciel toujours clément.

Veni, Vidi, Vici.

 

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